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Par Jérôme Couture-Gagnon

Il y a exactement cent ans, le 1er mai 1918, le lieutenant Pierre-Eugène Guay mourait au front dans le contexte des hostilités de la Première Guerre mondiale. Il était âgé de 24 ans.

Il était issu d’une famille illustre et privilégiée de Chicoutimi, étant le fils de Maria Morin et de Joseph-Dominique Guay, fondateur et propriétaire du journal Le Progrès du Saguenay, qui fut aussi maire de Chicoutimi à deux reprises, de 1895 à 1903 puis de 1922 à 1924. Après des études au Séminaire de Chicoutimi, où il s’est illustré comme garçon brillant et éloquent, notamment lors de simulations parlementaires, Pierre-Eugène Guay a mené des études en droit à l’Université Laval ainsi qu’à Edmonton.

Il était en vacances à Chicoutimi, où il collaborait au journal de son père, lorsque la Première Guerre mondiale fut déclarée au cours de l’été 1914. En 1916, il abandonna volontairement son poste pourtant bien rémunéré de secrétaire personnel de l’honorable avocat et ministre albertain Wilfrid Gariépy pour s’enrôler dans l’armée. D’abord membre du corps d’élèves officiers du 19e Alberta Dragoons puis lieutenant dans le 233e bataillon du corps expéditionnaire du Canada, il fut affecté à la liste générale et quitta pour l’Europe en septembre 1916. Il s’entraîna en Grande-Bretagne jusqu’en avril 1917 puis partit rejoindre les effectifs du 22e Bataillon dans la région des Flandres. Aujourd’hui connue sous le nom de Royal 22e Régiment, cette division des Forces armées canadiennes fut fondée en 1914 et est encore à ce jour le seul régiment d’infanterie régulier majoritairement francophone. Son officier supérieur à l’époque était Thomas-Louis Tremblay, lui aussi originaire du Saguenay.

En août 1917, Pierre-Eugène Guay prit part à la bataille de la cote 70, près de Lens dans le Pas-de-Calais. Cette grande offensive fut une victoire tactique pour les Alliés, qui prirent le contrôle de ce point stratégique au prix de nombreuses vies. Après cette bataille, Pierre-Eugène Guay fut deux fois décoré de la croix militaire pour son courage et son esprit du devoir.

Très estimé par ses supérieurs et par ses confrères, il fut nommé commandant en second de sa compagnie en mars 1918. C’est avec beaucoup de fierté qu’il fit l’annonce de cette promotion dans l’une des 71 lettres qu’il a écrites à ses parents entre janvier 1916 et avril 1918. Dans sa dernière lettre, datée du 26 avril, il disait prier pour que la guerre se termine rapidement. Cinq jours plus tard, alors qu’il inspectait sa compagnie, il fut atteint par un obus et décéda instantanément. Il devint ainsi l’un des 60 661 Canadiens tombés au combat durant la Première Guerre mondiale. Il fut inhumé dans le cimetière militaire de Wailly, situé dans le département du Pas-de-Calais, dans le nord de la France.

Bien que trois autres anciens étudiants du Séminaire de Chicoutimi aient péri à la guerre avant lui, le décès de Pierre-Eugène Guay causa beaucoup d’émoi dans sa région natale, parce qu’il faisait partie d’une famille très connue au Saguenay et aussi parce que plusieurs de ses correspondances avaient paru dans le journal de son père, permettant ainsi à la population de suivre son parcours et ses exploits et par le fait même de s’attacher à lui. On lui rendit un service funèbre en la cathédrale de Chicoutimi, le 17 mai 1918. La cérémonie fut présidée par Mgr Eugène Lapointe et plusieurs membres de la haute société chicoutimienne et de l’armée canadienne y prirent part. Dans le cimetière Saint-François-Xavier, on érigea un monument funéraire à la mémoire de ce fils de la région.

 

Bibliographie

Au champ d’honneur. Le Progrès du Saguenay, 6 juin 1918, p. 1.

Bouchard, Louise. Thomas-Louis Tremblay : un héros de chez nous. Saguenayensia, volume 40, no 2, avril-juin 1998, pp. 19-24.

Collection de la Société historique du Saguenay (P0002), document 56.

Collection de la Société historique du Saguenay (P0002), dossier 148.

Collection de la Société historique du Saguenay (P0002), dossier 161.

Comment est mort le lieutenant Guay. Le Progrès du Saguenay, 13 juin 1918, p. 5.

Fonds Léonidas Bélanger (F0423), série 282.

Gagnon, Jérôme. Pierre-Eugène Guay : la vie d’un soldat de la Grande guerre. Saguenayensia, volume 40, no 2, avril-juin 1998, pp. 3-18.

Le lieutenant P.-E. Guay tué au front. Le Progrès du Saguenay, 10 mai 1918, p. 2.

Pendant la grande offensive. Le Progrès du Saguenay, 25 avril 1918, p. 5.

Service funèbre du Lt Pierre-Eugène Guay. Le Progrès du Saguenay, 23 mai 1918, p. 2.

Une lettre intéressante. Le Progrès du Saguenay, 27 septembre 1917, p. 2.